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Quartier Dunois

Dossier IA45002962 inclus dans Les lotissements d'Orléans (1880-1970) réalisé en 2008

Fiche

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  • Parties constituantes

    • place
    • maison
    • immeuble
    • jardin
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Œuvres contenues

Le quartier Dunois occupe une place singulière dans la formation de la ville d'Orléans. Il constitue la seule opération d'urbanisme planifiée à grande échelle menée par la municipalité avant les grands aménagements urbains réalisés après la Seconde Guerre mondiale, même si la Ville réalise plusieurs lotissements d'importance en périphérie (Le Baron) ou dans l'intra-mail (l’Étape). La formation rapide du quartier Dunois, entre 1880 et 1914 principalement, atteste en effet d'un développement sans commune mesure avec les autres secteurs périphériques de la ville.

À partir de 1843, l'implantation de la gare et du réseau ferré modifie singulièrement la physionomie de la périphérie nord de la ville. Trente ans plus tard, le bâti se concentre le long des faubourgs Bannier, Saint-Jean et Madeleine où quelques industriels ont établi leur manufacture. Cependant, les espaces interstitiels sont encore occupés par des terres agricoles consacrées à la vigne.

L'élaboration du nouveau quartier

Vue de la rue de Loigny, depuis la place Dunois.Vue de la rue de Loigny, depuis la place Dunois.Les projets concernant l'amélioration des rues dans ce secteur débutent à partir de 1872, suite à une pétition des habitants demandant l'amélioration de la circulation. Le premier plan présenté un an plus tard apporte une solution timide et surtout inadaptée aux problèmes existants et à venir. Selon le plan du 10 mai 1873 (doc. 1), l'aménagement proposé prend largement en compte le réseau viaire existant avec la volonté d'aligner la venelle Saint-Jean, la rue Torse (actuellement rues Guillaume-de-Lorris et Jean-de-Meung) et la rue de la Mare aux Solognots (aujourd'hui rue de Lahire). La nouvelle rue proposée ne constitue que l'amorce d'une voie qui doit relier à terme les faubourgs Saint-Jean et Bannier. Après une première enquête publique réalisée en octobre 1873, le projet est rejeté par les habitants et le commissaire enquêteur, celui-ci s'opposant à une réalisation partielle de la nouvelle rue. La même année, Orléans devient le siège du 5e corps d'armée. Plusieurs établissements militaires doivent ainsi s'installer dans la ville, notamment la nouvelle caserne d'artillerie rue des Murlins et ses magasins aux fourrages rue Caban. Malgré les débats qui se poursuivent en 1874, aucune décision concernant les rues à modifier ou à créer n'est prise et il faut attendre l'année suivante pour qu'émerge le projet du nouveau quartier.

Immeubles, 20-22 rue Antigna.Immeubles, 20-22 rue Antigna.En 1875, l'élection d'un nouveau conseil municipal marque un véritable tournant. Le maire Alexis Germon obtient en avril 1875 un crédit pour l'étude de voies nouvelles. Dans son exposé présenté lors de la séance du conseil municipal du 30 novembre 1875 (voir annexe), il explique les choix qui ont conduit la ville à élaborer le plan du nouveau quartier. Le nord-ouest de la ville apparaît d'abord comme le secteur le plus propice pour réaliser cet aménagement. L'installation de plusieurs équipements militaires dans ce secteur (caserne d'infanterie Coligny et magasins aux fourrages) nécessite des voies de communication adaptées à la circulation des militaires. De plus, les habitants comme les industriels s'installent à cette période majoritairement au nord de la ville, délaissant le sud de la Loire. À l'est de la gare, le secteur est occupé par des équipements utilitaires (le cimetière Saint-Vincent, le réservoir d'eau et une caserne d'artillerie) et laisse peu de place à un aménagement d'ensemble. L'amélioration de l'évacuation des eaux, par la construction d'égouts, constitue aussi un argument de poids pour la ville. Mais surtout, la volonté de "faire un lotissement favorable à de futures constructions" témoigne de la volonté d'éviter un développement anarchique. La création de ce nouveau quartier constitue alors pour l'administration municipale un outil de contrôle et de rationalisation du développement de la ville.

Par ailleurs, les choix opérés pour l'élaboration du plan général attestent de l'ambition municipale. Germon contacte en effet J.C.A. Alphand, nommé par le préfet de la Seine, le Baron Haussmann, et qui poursuit durant les années 1870 les grands travaux parisiens. Alphand désigne alors Grégoire, ingénieur et Voyer du département de la Seine, qui effectue trois voyages à Orléans et apporte son aide au directeur des travaux municipaux de la ville, Rayneau.

Plan général des rues à ouvrir dans la partie nord-ouest de la ville, avant-projet Rayneau, 2 octobre 1875. (Archives municipales et communautaires d'Orléans, Série O, dossiers concernant plusieurs voies, Dos 6).Plan général des rues à ouvrir dans la partie nord-ouest de la ville, avant-projet Rayneau, 2 octobre 1875. (Archives municipales et communautaires d'Orléans, Série O, dossiers concernant plusieurs voies, Dos 6).L'avant-projet du 2 octobre 1875 (doc. 2) présente dans ses grandes lignes la forme du futur quartier. Un boulevard concentrique, planté et large de 22 m, dont le tracé apparaît à la fois déterminé par l'orientation des voies de chemin de fer et du boulevard Rocheplatte, forme le principal axe de circulation et constitue la limite nord du quartier. Il est prolongé au-delà du faubourg Bannier par la rue C, qui elle-même prolonge le premier tronçon de la rue de la Gare ouvert en 1860. Une voie de 12 m (rue B) permet de créer une seconde voie transversale reliant les deux faubourgs. Les autres rues (D, E, F) permettent de relier ces voies entre elles et au boulevard de même que la venelle Saint-Jean élargie. L'ensemble forme ainsi un système de voirie cohérent et hiérarchisé qui se superpose au réseau viaire existant.

Voies nouvelles à ouvrir dans les parties nord et nord-ouest d'Orléans et dans le quartier de la rue Guillerault, Journal du Loiret, 25 juin 1876. (Archives départementales du Loiret, Orléans).Voies nouvelles à ouvrir dans les parties nord et nord-ouest d'Orléans et dans le quartier de la rue Guillerault, Journal du Loiret, 25 juin 1876. (Archives départementales du Loiret, Orléans).Ce premier projet fait l'objet de multiples discussions en 1876, lors des séances du conseil municipal et consécutivement à l'enquête publique. Quelques modifications d'importance sont alors réalisées mais l'aspect général du nouveau quartier semble faire consensus malgré quelques protestations d'intérêt surtout particulier. La rue de Coulmiers (B), qui initialement devait se prolonger jusqu'à la rue de la Bourie-Rouge est arrêtée au faubourg Bannier. La rue de la Gare (C) est élargie à 14 m et son tracé est modifié afin d'éviter un angle trop aigu. La rue de Patay (E) est prolongée jusqu'à la rue de la gare, en incorporant la rue de la Grenouillère. Mais surtout, la principale modification (le 15 juin 1876) réside dans la création d'une place pentagonale (la place Dunois) permise par le déplacement de la rue de Patay et le déplacement de la rue de Loigny (D) vers le sud (afin d'éviter la rue Torse). Cette place qui "complète la viabilité et les heureuses dispositions du plan général des voies nouvelles" permet de créer un point de convergence entre les principales voies du quartier (Doc. 3). Seules les rue Xaintrailles (venelle Saint-Jean déplacée) et Gratteminot (venelle alignée) ne font pas partie du plan approuvé et sont ajoutées en 1879.

La réalisation du plan d'ensemble

L'originalité du quartier Dunois réside en outre dans les modalités de son exécution. Le plan est en effet réalisé d'un seul tenant et en moins de trois ans. Les travaux sont concédés à une société privée, un procédé qui se diffuse largement sous la Troisième République, notamment pour la mise en oeuvre des percées parisiennes. Un premier projet de traité de concession est élaboré avec L. de Voisin. Présenté dès juin 1876, il prévoit non seulement la réalisation de l'ensemble des rues mais aussi la construction de plusieurs édifices place Dunois et aux angles des nouvelles rues. Ce projet constitue ainsi autant une réponse à la demande de logement qu'une manière de lancer la construction du quartier et d'inciter les habitants à venir s'y installer. Si la ville n'est pas lotisseur, ce mode de réalisation n'est toutefois pas étranger à celui utilisé par les grands lotisseurs parisiens, notamment dans le quartier de l'Europe ou celui de la Plaine Monceau. Le projet Voisin va même plus loin en définissant la valeur des maisons à construire et ainsi leur valeur locative : 23 maisons place Dunois à 20.000 francs, 30 maisons aux angles des rues à 12.000 francs, 40 maisons de petits loyers à 6.000 francs.

Immeuble à l'angle de la rue Eugène-Fousset et de la rue de la Bourie-Rouge (n° 6).Immeuble à l'angle de la rue Eugène-Fousset et de la rue de la Bourie-Rouge (n° 6).Malgré les délais accordés à Voisin, celui-ci ne semble pas avoir réussi à mettre au point le montage financier. En décembre, la municipalité décide de se tourner vers une autre proposition réalisée par deux entrepreneurs de travaux publics, Antoine Gaillot et Victor Meygret, et un propriétaire, Paul Izarié, tous trois originaires de la région parisienne. Ils se constituent en société dite "des voies nouvelles d'Orléans" en janvier 1879 et le traité de concession est approuvé le 11 mars par arrêté préfectoral. La société doit alors se charger des expropriations de terrains et de la réalisation des rues selon le plan approuvé le 17 avril 1877 par la Ville et le 13 avril 1878 par le Préfet (doc. 5). Outre les travaux de voirie, la société a l'obligation de construire des habitations pour une valeur de 500.000 francs. Elle choisit à cet effet des emplacements stratégiques, les angles de rue, afin de marquer la naissance du quartier. Les immeubles ou les maisons détermineront par leur gabarit l'échelle du bâti de nouveau secteur urbain, qui perdurera, à quelques exceptions près (l'immeuble situé au n° 6 rue de la Bourie-Rouge, ci-contre), jusqu'à la Seconde Guerre mondiale (les immeubles bâtis après 1940 manifestent souvent une véritable rupture d'échelle, fig. 23. Les maisons d'un étage (60 rue Xaintrailles, fig. 15) ou immeubles de deux étages (Boulevard de Châteaudun et rue Xaintrailles, fig. 16, 18, 20) de la Société des voies nouvelles sont traités en pan coupé. Leurs façades, simplement enduites, sont soulignées par des bandeaux et des chaînes d'angle harpées en pierre calcaire. Les toits sont en ardoise percés de lucarnes à fronton. Au cours des années 1880 et 1890, de nombreux immeubles construits au sein de lotissements s'inspirent des réalisations de la société des voies nouvelles. C'est le cas du n° 2 rue Xaintrailles ou de ceux bâtis aux angles de la cité des Fleurs (48 rue Xaintrailles, 17-17bis rue de l'Immobilière...).

Les lotissements du quartier

À partir de 1880, l'augmentation des constructions dans le secteur, de manière spontanée ou par lotissements, atteste de la réussite du projet municipal. Les lotissements s'établissent le long des axes principaux déjà existants ou s'y rattachent par l'ouverture de voies nouvelles destinées à désenclaver les lots, favorisant ainsi le redécoupage d'îlots trop importants.

Maisons de la Société immobilière d'Orléans, 5-11 rue de la Concorde.Maisons de la Société immobilière d'Orléans, 5-11 rue de la Concorde.Les premiers lotissements identifiés sont réalisés par la Société immobilière d'Orléans, fondée en 1879. Celle-ci construit plusieurs ensembles d'habitations ouvrières le long des voies nouvelles, rue Xaintrailles et rue de Loigny (au nord de la place Dunois). Dans le même temps, elle ouvre la rue de la Concorde (1880, ci-contre) et bâtit des habitations similaires le long de cette rue ainsi que rue de Gaucourt et rue de Coulmiers. Sa réalisation la plus exemplaire demeure toutefois la cité des Fleurs (rue de l'Immobilière et place Colas-des-Francs) construite à partir de 1883.

Le quartier Dunois se caractérise en outre par l'action de plusieurs industriels, en particulier les fabricants de laine et de couvertures, qui s'étaient établis avant la naissance du quartier ou qui achètent des terrains pour les lotir. Delagrange construit une première cité en 1885 (cité Saint-Joseph) avant de lotir un terrain attenant et d'ouvrir la rue de Châteaudun. D’autres fabricants de couvertures textiles entreprennent des lotissements. Louis-Charles Boyard (conseiller municipal en 1900 et 1904) lotit à partir de 1907 une partie des terrains de sa manufacture (située n° 39 rue des Murlins) et ouvre la rue Serenne. L'un des lotissements les plus importants reste celui des frères Daudier, qui avaient installé leur manufacture rue des Murlins et procèdent, avec le soutien municipal, à l'ouverture des rues du Commandant-Arago et de Chanzy.

On relève par ailleurs l'action de plusieurs entrepreneurs de bâtiments qui procèdent par simple morcellement ou construisent des ensembles planifiés d'édifices. Liger, couvreur, ouvre la rue de Jargeau (1891). Benoni Gaultier construit plusieurs maisons rue de Coulmiers. Thieulin lotit quant à lui une des plus grandes parcelles du quartier constituant un îlot entier en bordure de la rue de Patay. Enfin, Sallé-Guyot entreprend la construction de plusieurs maisons et immeubles et ouvre la rue des Villas en 1914.

Appellationsquartier Dunois
Parties constituantes non étudiéesplace, maison, immeuble, jardin, cour
Dénominationsquartier
Aire d'étude et cantonCommune d'Orléans
AdresseCommune : Orléans
Adresse : place, Dunois , boulevard de, Châteaudun , rue du, Faubourg-Bannier , rue de la, Gare , avenue de, Paris , boulevard, Rocheplatte , boulevard de, Verdun , rue du Faubourg-Saint-Jean

En mai 1873, un premier projet d'aménagement du secteur nord-ouest d'Orléans est présenté par la commission des alignements de la ville. Il comporte l'ouverture d'une voie nouvelle reliant les faubourgs Saint-Jean et Bannier et l'alignement de plusieurs rues et venelles. Toutefois, ce n'est qu'en novembre 1875, sous la municipalité Germon, qu'est présenté le plan du nouveau quartier, dont l'avant-projet a été dessiné par le directeur des travaux municipaux, Rayneau, avec le conseil de l'ingénieur parisien Grégoire. Quelques modifications sont adoptées l'année suivante, suite aux nombreux débats qui ont lieu lors des séances du conseil municipal et aux propositions formulées lors de l'enquête publique. Le plan est finalement approuvé par le conseil municipal le 17 avril 1877 puis par la préfecture du Loiret le 13 avril 1878. Afin de réaliser le plan d'ensemble du nouveau quartier, un traité de concession est passé en décembre 1878 entre la Ville et la société Gaillot, Meygret et Izarié, dite Société des Voies Nouvelles d'Orléans. Les travaux de voirie, qui s'accompagnent de la construction de plusieurs immeubles et maisons par la société, sont entrepris à partir de 1879. Entre 1880 et 1914, plusieurs opérations de lotissement privé sont menées dans le quartier et contribuent à dessiner un réseau de voies secondaires, souvent classées dans le réseau public par la municipalité. C'est donc principalement durant cette période que se concentre l'activité de construction. Durant la Seconde Guerre mondiale, les bombardements touchent surtout l'extrême ouest du quartier (avenue de Paris, rue de la gare). Durant la seconde moitié du 20e siècle, quelques aménagements contribuent à transformer la physionomie du quartier. Si quelques bâtiments témoignent encore aujourd'hui de la présence militaire dans la ville, ils ont été transformés en quartier administratif (l'ancienne caserne Coligny, boulevard de Châteaudun) ou résidentiel (la caserne de Sonis boulevard de Châteaudun, les magasins aux fourrages rue de Patay et de Coulmiers). Aujourd'hui, les activités commerciales se concentrent toujours le long de la rue du Faubourg-Bannier. La place Dunois conserve quant à elle sa vocation initiale : quelques commerces de proximité, la poste, l'école (rue de Coulmiers) et le marché hebdomadaire (depuis 1991) participent à l'animation du quartier.

Période(s)Principale : limite 19e siècle 20e siècle
Secondaire : 2e quart 20e siècle
Secondaire : 2e moitié 20e siècle
Dates1879, daté par source
Auteur(s)Auteur : Rayneau agent voyer attribution par source
Auteur : Grégoire ingénieur attribution par source
Auteur : Société des voies Nouvelles d'Orléans
Société des voies Nouvelles d'Orléans
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entrepreneur attribution par source

Le quartier Dunois est délimité à l'ouest par la rue du Faubourg-Saint-Jean, au nord par le boulevard de Châteaudun, à l'est par la rue de la Gare et l'avenue de Paris, au sud par le boulevard Rocheplatte, la place Gambetta et le boulevard de Verdun. Son plan cohérent est caractérisé par un réseau de voies rectilignes qui englobe l'ancien faubourg Bannier et contraste avec les anciennes rues et venelles sinueuses. Ce réseau est complété par une place en étoile (place Dunois) vers laquelle convergent la plupart des voies principales du quartier. Malgré des variations stylistiques, l'architecture du quartier apparaît d'une grande homogénéité et témoigne d'une mixité sociale. Celle-ci est effective dès l'origine du quartier avec la création de lotissements ouvriers parallèlement à d'autres lotissements destinés aux classes sociales plus aisées. La distinction architecturale s'est opérée spatialement, à l'échelle du quartier ou d'un lotissement, rarement à l'échelle de la rue. L'exemple le plus caractéristique est ici la rue Xaintrailles qui réunit à l'origine les différents types d'habitat observés dans le quartier (hôtels, petits immeubles, maisons étroites, etc.). Les hôtels particuliers sont particulièrement présents en bordure du mail (boulevard de Verdun, boulevard Rocheplatte) rue Xaintrailles, rue de Chanzy, rue Girodet, rue Eudoxe-Marcille. À l'inverse, les habitations ouvrières sont nombreuses au nord de la rue de Coulmiers, rue Xaintrailles, rue de Loigny, rue de la Concorde ou encore cité Saint-Joseph.

Annexes

  • Archives communales d'Orléans. Extrait du projet d'ouverture de voies nouvelles, 1875

    Extrait du projet d'ouverture de voies nouvelles, exposé fait au conseil municipal, séance du 30 novembre 1875, par M. Germon, Maire (Archives communales d'Orléans, GF 549) :

    "Messieurs,

    Depuis le moment où, grâce au zèle de l'Administration municipale et du Conseil qui nous ont précédés, Orléans a vu commencer les travaux nécessaires à l'installation des établissements militaires nouveaux, la rareté des logements, la nécessité de construire, et l'impossibilité de le faire dans l'intérieur de l'ancienne enceinte ont frappé bien des esprits. Dès 1873, l'attention du Conseil municipal était appelée sur cette question, et en 1874, il donnait son approbation à l'émission d'un emprunt destiné en partie à l'élargissement de trois rues situées entre le faubourg Bannier et le faubourg Saint-Jean. L'opinion publique s'est préoccupée de cette affaire, et il parut bientôt que pour éviter le grave inconvénient de voir des maisons s'élever sur de mauvais alignements, il fallait aller plus loin et étudier un projet de voies nouvelles formant, avec celles existantes, un ensemble constituant pour l'avenir un quartier nouveau. Dans la séance du 13 avril 1875, je vous faisais une proposition dans ce sens, et vous m'accordiez un crédit destiné à ces études.

    Monsieur l'Ingénieur en chef Grégoire, Voyer du département de la Seine, a, dans trois voyages à Orléans, examiné la situation. Ses connaissances spéciales lui permirent bien vite de concevoir ce qui lui parut être le plan le mieux approprié aux nécessités locales sur lesquelles il était de mon devoir de le renseigner ; d'après ses indications, les plans furent dressés par M. Rayneau avec un soin laborieux qui ne peut être méconnu par personne. Son rapport et celui de M. Grégoire vous feront connaître le but qui a été cherché et les moyens proposés pour y parvenir.

    Je vous dois à mon tour l'explication de mes idées à cet égard. Sur quelle partie de la Ville devaient porter nos études ? Le choix nous a paru forcé. La disposition des habitants à se porter vers le nord de la ville, le choix même du Conseil municipal indiqué par le vote que je rappelais tout-à-l'heure, le besoin de desservir des établissements militaires ; la préférence donnée par l'industrie locale au canton nord-ouest, l'obligation de relier tout quartier nouveau aux boulevards, à la gare, et à la place Bannier qui fait aujourd'hui l'ornement de notre ville ; enfin la nécessité où se trouve l'Administration de chercher un meilleur écoulement pour les eaux pluviales de ce quartier que les constructions empêchent de se perdre dans les champs comme autrefois, tout nous indiquait comme devant faire l'objet de nos études la partie de la Ville comprise entre le faubourg Saint-Jean et le faubourg Bannier ou la gare. La partie nord-est de nos faubourgs, occupée par le cimetière, enceinte par les tranchées du chemin de fer, ne nous parut susceptible que des améliorations de détail que le temps amène, mais ne pouvait prêter à un travail d'ensemble.

    La première difficulté dont il fallait triompher était l'écoulement des eaux. Substituer au fossé juré dit de la Mare-aux-Solognots, qui seul conduit à la Loire les eaux d'une partie de ce quartier, un égout couvert, et amener dans cet égout les eaux des rues adjacentes et celles qui seront recueillies par les voies nouvelles, c'était là une nécessité à laquelle il fallait chercher à pourvoir. Il fallait aussi, par une division convenable des terrains, faire un lotissement favorable à de futures constructions. Nous avions à craindre deux excès contraires : il y avait un grave inconvénient à faire un plan trop restreint, insuffisant pour satisfaire le désir et le besoin réel d'agrandissement signalés par l'opinion publique ; un autre danger nous cause encore de vives préoccupations, c'est celui de faire trop grand, d'entraîner ainsi la ville dans une entreprise qui imposera à ses finances de lourdes charges sans que, pendant de longues années peut-être, nos enfants voient les rues nouvelles bordées de constructions.

    Cette alternative doit vous faire comprendre, Messieurs, comment, malgré la compétence de M. Grégoire, quelques hésitations, quelques tâtonnements ont dû se produire. Elle expliquera aussi la réserve avec laquelle nous vous invitons à choisir entre une exécution complète, quoique immédiate, du plan projeté et des variantes qui viendraient l'amoindrir."

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives municipales et communautaires d'Orléans. Série D, GF 542 à 566. Délibérations du conseil municipal. 1872 à 1890.

  • Archives municipales et communautaires d'Orléans. Série O, dossier 6, cotation provisoire. Dossier concernant plusieurs voies.

  • Archives municipales et communautaires d'Orléans. Série O, dossier 7, cotation provisoire. Dossier concernant plusieurs voies.

  • Archives municipales et communautaires d'Orléans. Série O, dossier 8, cotation provisoire. Dossier concernant plusieurs voies.

  • Archives municipales et communautaires d'Orléans ; série O, dossier 41, cotation provisoire. Place Dunois.

  • Archives municipales et communautaires d'Orléans. Série O, dossier 29, cotation provisoire. Boulevard de Châteaudun.

  • Archives municipales et communautaires d'Orléans. Série O, dossier 132, cotation provisoire. Rue Xaintrailles.

  • Archives municipales et communautaires d'Orléans. Série O, dossier 78, cotation provisoire. Rue du Maréchal-Foch.

  • Archives municipales et communautaires d'Orléans. Série O, dossier 38, cotation provisoire. Rue de Coulmiers.

  • Archives municipales et communautaires d'Orléans. Série O, dossier 57, cotation provisoire. Rue de la Gare.

Documents figurés
  • Plan des rues à ouvrir, 1878. (Archives municipales et communautaires d'Orléans, Série O, dossiers concernant plusieurs voies, Dos 7).

  • Plan des terrains ayant appartenu à la Société des Voies Nouvelles d'Orléans. Vers 1879. (Archives municipales et communautaires d'Orléans, Série O, dossiers concernant plusieurs voies, Dos 6).

  • Plan général des rues à ouvrir dans la partie nord-ouest de la ville, avant-projet Rayneau. 2 octobre 1875. (Archives municipales et communautaires d'Orléans, Série O, dossiers concernant plusieurs voies, Dos 6).

  • Projet d'ouverture d'une voie nouvelle et d'alignement. 10 mai 1873. (Archives municipales et communautaires d'Orléans, Série O, dossiers concernant plusieurs voies, Dos 8).

  • Affiche informant les habitants de l'expropriation pour cause d'utilité publique de terrains bâtis ou non bâtis. 3 avril 1878. (Archives municipales et communautaires d'Orléans, Série O, dossiers concernant plusieurs voies, Dos 7).

  • Plan général des rues à ouvrir reportées sur le plan de la commune d'Orléans de 1877 / E. Moreau. Orléans : A. Puget et G Jacob, [1877]. (Archives municipales et communautaires d'Orléans. Série O : dossier 6).

  • Voies nouvelles à ouvrir dans les parties nord et nord-ouest d'Orléans et dans le quartier de la rue Guillerault. Le Journal du Loiret, 25 juin 1876. (Archives départementales du Loiret, Orléans).

  • Plan général des rues à ouvrir dans la partie nord-ouest de la ville, avant-projet Rayneau. 2 octobre 1875. (Archives municipales et communautaires d'Orléans. Série O. Voirie avant 1960 : dossiers concernant plusieurs voies. Dos 6).

  • Projet d'ouverture d'une voie nouvelle et d'alignement, 10 mai 1873. (Archives municipales et communautaires d'Orléans, Série O. Voirie avant 1960 : dossiers concernant plusieurs voies. Dos 8).

Périodiques
  • PUGET, Émile. Voies nouvelles à ouvrir dans les parties nord et nord-ouest d'Orléans et dans le quartier de la rue Guillerault. Supplément au Journal du Loiret, 25 juin 1876. (Archives départementales du Loiret).

  • Fêtes des 7 et 8 mai 1891, voyage de M. Carnot à Orléans, décoration de la ville, 9 mai 1891. Journal du Loiret. (Archives départementales du Loiret).

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