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Manorière : manoir

Dossier IA28000649 réalisé en 2020

Fiche

Parties constituantes non étudiéeslogis, dépendance, tour
Dénominationsmanoir
Aire d'étude et cantonParc naturel régional du Perche - Nogent-le-Rotrou
AdresseCommune : Vichères
Lieu-dit : La Manorière
Cadastre : 1811 E 392 ; 2020 ZE 74

D'après Lucien Merlet, l'acte le plus ancien citant la Manorière date de 1482. S'appuyant sur un dépouillement systématique des archives du château de Montgraham (Souancé-au-Perche), le vicomte de Souancé a publié en 1901 une notice historique sur la Manorière en présentant les propriétaires successifs. Au début du 16e siècle, le fief dépend de la famille Therré. Adam de Therré en reçoit le 5 avril 1501 une composition de rachat, de la part de Jean de Quatrevault. Cette composition n'aura pas de suite car le fief n'est vendu que le 8 juillet 1539 pour 900 livres tournois par Robert de Therré, écuyer, sieur de la Billonière, et Jean de Therré, bachelier, prieur de Maison-Maugis et de Marcheville, à Philippe de Certieux, sieur de Bouqueval. A cette époque, la métairie se compose de maisons manables, granges, étables, terres, prés, buissons et d'un petit étang.

Philippe de Certieux, qui décède avant 1567, puis son fils Charles, modifient considérablement le site dans la seconde moitié du 16e siècle. Tout en conservant la structure du modeste logis du début du 16e siècle à deux pièces superposées desservies par une tour d'escalier hors-œuvre, dont témoigne en façade sud la porte obstruée donnant accès à l'étage, ils font agrandir l'édifice vers l'est, doublant ainsi le volume initial, remplacent la tour d'escalier hors-œuvre par un escalier dans-œuvre rampe sur rampe. L'ensemble est alors fortifié par la construction de deux tours d'angle, d'une troisième isolée au sud-est (fournil au rez-de-chaussée, colombier à l'étage) et d'un mur d'enceinte fermant une haute cour, dont d'accès se faisait certainement au sud par un portail (détruit, ainsi que le mur). A l'ouest, un mur de soutènement est construit assurant une position dominante à la haute cour et une séparation nette avec la basse cour à l'ouest et au nord.

L’expertise dendrochronologique n’a pas réussi à déterminer la première campagne de construction de la fin du 15e ou du début du 16e siècle, aucun bois de cette époque n'étant conservé. Par contre, elle met en évidence une deuxième phase qui s’achève vers 1561-1562, concernant la reconstruction des planchers et de la charpente de comble de la partie ouest du logis, ainsi qu’une troisième vers 1573-1574, correspondant à l’agrandissement du manoir vers l’est (pièces de bois de la charpente du comble est dont l’abattage date de l’automne – hiver 1572/73d). La date portée 1578 sur l’encadrement de la porte de la tour isolée semble donc indiquer sa construction, qui s’inscrit dans cette même campagne. Plus surprenant, une autre intervention sur le manoir a pu être mise en lumière : le remplacement d’une poutre maîtresse – celle la plus à l’ouest du plancher du comble ouest – vraisemblablement réalisé vers 1629-1630.

Dès le milieu du 17e siècle, le logis seigneurial, délaissé, sert de maison au fermier qui exploite les terres. La propriété passe successivement entre les mains des familles de Marvillier (1658-1686), de Prunelé (1686-1715), Durand de Pisieux (1715-1819) et d'Alsace (1819-1927). Jacques de Chabot, comte de Rohan, en hérite et la revend en 1930 à Adrien Gaudron. Depuis le 2 mars 1927, l'édifice est inscrit au titre des Monuments historiques.

Sur le cadastre de 1811, le logis manorial est bien représenté dans ses limites actuelles, de même que la tour isolée sud, la remise au nord du logis, la grange-étable sud-ouest et la dépendance ouest. Deux autres bâtiments présents en 1811 ont été supprimés, tandis qu'une dépendance (grange et écurie alignées) est construite plus au nord dans la seconde moitié du 19e siècle et au début du 20e siècle. À ces mêmes époques, plusieurs petites dépendances sont édifiées (toits à porcs de part et d'autre de la remise) et la grange-étable sud-ouest est reconstruite in situ ou modifiée en profondeur (emploi de la brique pour les chaînages d'angle et les encadrements d'ouvertures). L'activité agricole cesse au troisième quart du 20e siècle. Le logis devient résidence secondaire mais ne subit peu ou pas de modification. Trois étangs sont créés à l'ouest et au sud-ouest dans le fond du vallon. La dépendance ouest est transformée en habitation, de même que l'écurie nord qui devient un gîte.

Période(s)Principale : 16e siècle
Principale : 19e siècle
Principale : limite 19e siècle 20e siècle
Dates1556, datation par dendrochronologie
1560, datation par dendrochronologie
1573, datation par dendrochronologie
1578, porte la date
Auteur(s)Personnalité : Certieux (de) Philippe
Certieux (de) Philippe

Seigneur de Bouqueval, propriétaire de la Manorière à Vichère (Eure-et-Loir) et commanditaire de la reconstruction au troisième quart du 16e siècle - décède avant 1567.


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Personnalité : Certieux (de) Charles
Certieux (de) Charles

Fils de Philippe de Certieux, il est seigneur de la Manorière à Vichère, du Plessis et de la Branchardière à Trizay (Eure-et-Loir) et commanditaire des travaux de fortification du manoir de la Marorière dans la seconde moitié du 16e siècle.


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Personnalité : Alsace-d'Hénin-Liétard (d') Simon
Alsace-d'Hénin-Liétard (d') Simon (1832 - 1891)

Comte d'Alsace et prince d'Hénin-Liétard, propriétaire entre autre du château de Montgraham à Coudray-au-Perche et du manoir de la Manorière à Vichères (Eure-et-Loir) où il procède à la construction et reconstruction de dépendances dans la seconde moitié du 19e siècle.


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La Manorière se situe en partie centrale de la commune de Vichères, à quelques centaines de mètres à l'ouest du bourg. Dominant la vallée de la Berthe, le manoir est implanté sur versant à mi-hauteur, dans un paysage de collines bocagères.

Placé au sud-est de l'ensemble, le logis manorial marque la limite nord de la haute cour de plan carré, anciennement cernée par des murs à l'est et au sud, dont quelques vestiges subsistent, et par un mur de soutènement à l'ouest. Une tour circulaire isolée (fournil au rez-de-chaussée, colombier à l'étage) occupe l'angle sud-est de la haute cour. À l'ouest et au nord de cette dernière se développent les dépendances de l'ancienne basse-cour.

Le logis adopte un plan de manoir assez classique, à un étage carré et à deux pièces par niveau. Toutefois, il se distingue par la présence d'éléments défensifs telles que les deux tours d'angle qui encadrent la façade sud, la bretèche protégeant la porte sud et de nombreuses meurtrières et autres bouches à feu. L'ancien accès au logis se pratiquait depuis la haute cour au sud. La porte sud reçoit ainsi un décor particulier, tout comme la baie ovale et la bretèche qui la surmonte : jeu polychromique obtenu par alternance de pierre de taille calcaire et de roussard (porte en plein cintre et corbeaux de la bretèche), chambranle de la baie ovale orné d'oves bordés de perles, décor feuillagé des corbeaux, pignon-fronton de la bretèche en pierre de taille calcaire qui recevait les armoiries du bâtisseur (illisibles) et celle d'Alphonse Gaudron (1880-1967), évêque et parent des actuels propriétaires. Au sud-ouest, une travée de croisées éclaire une salle au rez-de-chaussée et une chambre à l'étage. La croisée supérieure reçoit un décor Renaissance, par le traitement de son chambranle mouluré à deux faces tandis que celle du rez-de-chaussée n'est ornée que d'un chanfrein. Ce même décor Renaissance se retrouve au niveau du chambranle de la fenêtre de la chambre est. Au rez-de-chaussée, la salle est (peut-être une chambre à l'origine ?) est éclairée par deux fenêtres - la plus petite, surmontée d'un arc en plein cintre, intervenant de manière secondaire dans l'éclairage contrairement à la plus grande, sans décor et de facture moderne.

La façade nord a subit des modifications d'ouvertures au cours du temps. Constituée de deux fenêtres étroites à encadrement chanfreiné, la travée ouest semble d'origine, à l'exception de l'appui probablement mouluré de la fenêtre inférieure enlevé pour agrandir la baie. Les vestiges d'une porte murée (modification postérieure) apparaissent entre cette dernière fenêtre et la porte d'accès actuel (percement moderne) précédée d'un emmarchement à cinq degrés en pierre de taille de grès ou de granite. La jambe harpée en pierre de taille calcaire, bien visible au centre de la façade, précise l'emplacement du mur de refend. Deux ouvertures, probablement percées à l'époque contemporaine, permettaient d'accéder directement à l'escalier puis au grenier depuis l'extérieur via une échelle. Au nord-est, une porte semi-enterrée, surmontée d'un linteau délardé, donne accès aux caves. Au-dessus, la fenêtre de la salle semble avoir été modifiée postérieurement, alors que celle de la chambre à l'étage est peut-être d'origine. Le chaînage d'angle nord-est présente des pierres d'attente, suggérant l’inachèvement d'un projet initial plus ambitieux.

À l'intérieur, un escalier tournant de type rampe sur rampe dessert tous les niveaux. Deux caves voûtées se situent à l'étage de soubassement, deux salles au rez-de-chaussée, deux chambres et un cabinet à l'étage et deux greniers sous le comble. La différence de niveau entre les deux salles, qui s'explique par la déclivité naturelle du terrain, ne se répercute que faiblement sur les étages supérieurs où toutes les pièces sont quasiment au même niveau. Les tours d'angle ne sont accessibles qu'au rez-de-chaussée depuis les salles ainsi que sous le comble - les niveaux intermédiaires étant vides. Tout comme en façade sud, de nombreux éléments de défense sont présents au niveau des tours telles que des bretèches et autres meurtrières. Les deux salles et les deux chambres conservent chacune une cheminée monumentale. De même, les portes de la chambre ouest et du cabinet conservent leurs huisseries d'origine. La charpente est constituée de quatre fermes - deux de part et d'autre du mur de refend. Elles sont construites sur le même principe - à savoir faux-entrait/poinçon court -, à l'exception du traitement du faux-entrait composé d'une pièce à l'est et de deux pièces à l'ouest venant moiser les arbalétriers. Deux rangs de pannes sur chaque versant ainsi que des faîtières et sous-faîtières reliées entre elles par des liens obliques ou des croix de Saint-André assurent le contreventement. Des charpentes à enrayures couvrent les tours d'angle et la tour isolée.

Les murs du logis et des dépendances sont en moellons de calcaire couverts d'un enduit plein ou à pierre vue. Les chaînages d'angle, les encadrements d'ouvertures et la corniche en quart-de-rond (logis) sont en pierre de taille calcaire, à l'exception des encadrements de baies et chaînages en brique des dépendances les plus récentes. Les toits, à longs pans ou conique, sont couverts en tuile plate.

Murscalcaire moellon enduit
Toittuile plate
Étagesétage de soubassement, en rez-de-chaussée surélevé, 1 étage carré
Couvrements
Élévations extérieuresélévation à travées
Couverturestoit à longs pans
toit conique
Escaliersescalier dans-oeuvre : escalier tournant à retours sans jour
État de conservationbon état

Protégé au titre des monuments historiques, la Manorière revêt un grand intérêt patrimonial à bien des égards :

- son site singulier, implanté dans un paysage de collines bocagères ;

- son histoire bien connue, étudiée par le vicomte de Souancé au tournant du 20e siècle ;

- ses phases de construction bien identifiables dans l'architecture : passage d'un petit logis à étage à une pièce par niveau desservi par un escalier hors-œuvre, à un grand logis à deux pièces par niveau et escalier central dans-œuvre de type rampe sur rampe :

- ses propriétaires et bienfaiteurs, Philippe de Cercieux et son fils Charles, des huguenots qui font fortifier le logis (tours avec de multiples meurtrières, bretèches, bouches à feu) de 1560 à 1580 dans un contexte de guerre de Religion.

- la conservation d'éléments défensifs mais également décoratifs dans le style Renaissance : encadrements d'ouvertures en façade sud, escalier, cheminées, huisseries intérieures de l'étage, charpente.

Statut de la propriétépropriété privée
Intérêt de l'œuvreà signaler
Protectionsinscrit MH, 1927/03/02
Précisions sur la protection

Inscription par arrêté du 2 mars 1927.

Références documentaires

Bibliographie
  • GUILLER DE SOUANCÉ, Hector. Notice sur La Manorière. Documents sur la province du Perche, 2ème série, n° 7, Mortagne : Vve Georges Maux, imprimeur-éditeur, 1901, 30 p.

  • GAUTIER, Nicolas, FAUCON, Régis. Les manoirs du Perche. Paris : Acanthe, 2006, 223 p.

    p. 212
  • PROVOST, Gilles. Maison des champs du Perche nogentais, 1450-1560. Mémoire de maîtrise d'histoire de l'art sous la direction de Jean Guillaume : Université François Rabelais : Tours : 1992.

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