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Lotissement réglementé des Montées

Dossier IA45002966 inclus dans Les lotissements d'Orléans (1880-1970) réalisé en 2010

Fiche

Á rapprocher de

  • Lotissement réglementé Boulage
    Orléans, 6-8 rue Vandebergue-de-Villiers
  • Lotissement réglementé Juder
    Orléans, allée du Clos-vert , 45-47 Chemin-de-Halage , pairs de 132 à 134, de 140 à 144 ter rue du Faubourg-Bourgogne , 10 venelle à Quatre-Sous
  • Lotissement réglementé du Clos Belneuf
    Orléans, rue du Belneuf , impairs de 11 à 23 rue du Paradis , pairs de 88 à 100, impairs de 101 à 111 rue de la Marne , rue de Médéa , rue de Chinon , rue de l'Yser , rue Eugène-Sue , pairs de 8 à 22, impairs de 15 à 53 rue du Docteur-Jean-Falaize

Œuvres contenues

Vue du Bras des Montées.Vue du Bras des Montées.

Situé à cheval sur les communes d'Orléans et d'Olivet, le lotissement des Montées occupe une place singulière au sein du paysage orléanais. Sa conception paysagère qui exploite habilement la topographie du site, en fait en effet un cas unique parmi les lotissements entrepris entre les deux guerres à Orléans. Isolé géographiquement au début des années 1930 (le lotissement se trouve au milieu des champs et des pépinières), il ne connaît un véritable essor constructif que durant les années 1950 au moment où commence à s'urbaniser le secteur.

La conception du lotissement

Vers 1926, Jean Padieu, habitant de la rue de la République à Orléans (n° 36), acquiert une vaste propriété située au lieu dit la chênaie (états parcellaires, Archives municipales et communautaires d'Orléans) et conçoit la même année son projet de lotissement dont il fait rédiger le cahier des charges (un exemplaire conservé dans des archives privées porte la mention "autorisation préfectorale du 22 juillet 1926", bien que celle-ci n'intervienne que cinq ans plus tard). Jean Padieu est employé à cette période par Bernheim frères et fils, une société installée à Paris (23 rue de l'Arcade) spécialisée dans la réalisation de lotissements en France ou en Belgique, et c'est cette expérience qu'il met à profit pour concevoir son projet de lotissement. Annonce du dépliant publicitaire. (Collection particulière).Annonce du dépliant publicitaire. (Collection particulière).Pour attirer sa clientèle, il mise sur un site d'exception qu'il a choisi pour ses qualités naturelles et promet un séjour idéal en cherchant à séduire les amateurs de sports, pêche et canotage (doc. 7, ci-contre). Dans l'esprit des premiers lotissements de villégiature français du 19e siècle (tels que le Vésinet ou Maisons-Laffitte), Jean Padieu souhaite créer un espace dédié en premier lieu à l'occupation saisonnière favorable à la promenade et à la contemplation de la nature. Le plan du lotissement revêt ainsi un fort caractère paysager : quatre rues ponctuées de plantations de hautes tiges, dont la largeur (10 à 12 m) réserve une place importante au piéton (3 et 4 m), dessinent des lignes sinueuses s'appuyant sur le cours des deux rivières (le Loiret et le Bras des Montées). Deux squares en demi-lune ainsi qu'une promenade publique sont prévus afin de profiter du panorama des bords de rivière et offrir des terrains de jeux collectifs (la promenade sera toutefois supprimée en juillet 1932 afin de favoriser la vente des terrains). Dans son projet, le promoteur envisage également de proposer d'autres services aux acquéreurs et se réserve " le droit de faire placer sur les trottoirs de ces voies (...) des kiosques de vente, chalet de gardien ou cantonniers, candélabres, bornes fontaines, postes de transformateurs, poteaux indicateurs ou tableaux d'affichage ".

Détail d'une clôture, 3 rue des Platanes.Détail d'une clôture, 3 rue des Platanes.Plusieurs servitudes inscrites dans le cahier des charges visent à préserver les qualités paysagères du lotissement. L'aspect des clôtures y est étudié afin d'assurer une certaine homogénéité de la rue tout en préservant la tranquillité des habitants. L'acquéreur dispose de six mois suivant l'achat du terrain pour établir une clôture constituée d'un mur bahut de 1 m de hauteur "surmonté d'une grille en fer de 1,25 m minimum avec ou sans pilastres de maçonnerie". La hauteur du mur peut être réduite jusqu'à 40 cm mais doit alors s'accompagner d'une grille de 2 m minimum. Le cas échéant, le promoteur peut également autoriser toute "fermeture rustique ou de fantaisie, d'aspect élégant et convenable". Par ailleurs, les normes qui régissent l'implantation des maisons dans la parcelle sont à peu près celles qui s'imposeront après guerre dans le cadre du P.R.A. pour les zones dites discontinues : elles doivent s'inscrire en coeœur de parcelle, à 3 m de la rue et à 2,50 m des limites séparatives. Tous les communs ne peuvent être bâtis qu'en matériaux durables et en fond de parcelle de manière à ne pas être visibles depuis la rue. Comme la plupart des lotissements orléanais de cette période, le cahier des charges spécifie l'usage résidentiel du lotissement. À l'image du lotissement Boulage rue Vandebergue-de-Villiers (autorisé en 1935), le lotissement est destiné à "être habité bourgeoisement" et le cahier des charges n'autorise la construction que de "maisons de campagne", "habitations bourgeoises" ou "villas". Le règlement spécifie par ailleurs la hauteur de ces constructions, soit deux étages au dessus du rez-de-chaussée, tout en respectant le règlement général sur la voirie et les constructions de la ville (1925).

La réalisation du lotissement

Ce projet de lotissement est approuvé le 17 juin 1931 par la sous-commission d'aménagement et d'extension des villes et villages puis par le Préfet du Loiret le 4 juillet 1931. L'autorisation rappelle les réserves formulées par le conseil municipal d'Orléans le 30 avril 1931. Le lotissement n'étant pas raccordé aux voies publiques d'Orléans (il ne dispose que d'un seul accès depuis la commune d'olivet à laquelle il est relié par un pont construit par le promoteur), les rues ouvertes doivent se conformer à l'article 180 du règlement de voirie et des constructions de la ville relatif aux voies privées. Cet article rappelle les principales obligations du promoteur : mettre en état de viabilité, de salubrité et de propreté les voies ; les pourvoir de plaques dénominatives de forme semblable à celles en usage pour les voies publiques, mais d'une couleur de fond différente ; les pourvoir d'un éclairage suffisant ; ne les qualifier que de cité, de passage ou d'impasse ; ne vendre les terrains qu'après exécution totale des travaux d'aménagement, de viabilité et d'assainissement.

Les travaux semblent rapidement menés puisque les premières ventes sont effectuées dès 1932, ce qui encourage certainement Jean Padieu à entreprendre l'extension du lotissement vers l'est afin de le relier aux voies publiques d'Orléans. Le plan de cette extension prévoit l'ouverture d'une rue de 10 m sur 570 m en prolongement de la rue D vers la rue des Montées et la vente de 50.000 m² de terrains. Si ce projet reçoit l'approbation du conseil municipal le 14 mai 1933 puis de la préfecture du Loiret le 29 juillet 1933, l'opération est repoussée en raison de l'impossibilité de construire la rue. L'actuelle rue de la Fonderie demeurera ainsi à l'état de chemin de terre non accessible aux automobiles jusqu'au début des années 1960.

Maison, 28 rue des Tilleuls.Maison, 28 rue des Tilleuls.La construction démarre lentement dans les années 1930 (le plan de 1934 figure seulement cinq édifices) et témoigne de différents usages. Quelques maisons construites durant cette période attestent d'un commencement de réalisation du projet de Jean Padieu : on trouve ainsi la villa (n° 28 rue des Tilleuls, 1937, image ci-contre), la villa avec garage à bateau (n° 27 rue des Tilleuls), la "résidence d'été" (n° 26 rue des Tilleuls) ou encore la "petite maison de week-end" (n° 10 rue des Tilleuls). Toutefois, la plupart des acquéreurs investit vraisemblablement dans la terre (certains achètent plusieurs terrains, contigus ou dispersés) dans l'attente probable d'une plus value et se contentent, le cas échéant, d'y édifier des cabanons de jardins. Si les qualités du site devaient suffire à attirer une clientèle bourgeoise et constituer un véritable site de villégiature, la guerre interrompt vraisemblablement l'élan constructif. Le plan dressé par le géomètre Levacher le 8 avril 1943 fait ainsi état d'un lotissement presque désert ponctué de quelques maisons mais surtout de petites constructions (doc. 6, ci-dessous).

Plan du lotissement, dépliant publicitaire. (Collection particulière).Plan du lotissement, dépliant publicitaire. (Collection particulière).C'est durant cette période que se constitue le syndicat des propriétaires du lotissement prévu dans le cahier des charges et formé entre les propriétaires et Jean Padieu qui possède encore quelques terrains dans le lotissement. Le syndicat a alors pour objet "l'exécution de tous travaux concernant l'entretien, le nettoyage, l'éclairage et le maintien en parfait état des rues créées, canalisations, sources et ouvrages divers, la plantation d'arbres et arbustes, l'établissement de toutes canalisations et tous autres ouvrages" (Archives départementales du Loiret, 129 W 23344). Durant les années qui suivent, il éprouve cependant de nombreuses difficultés à assurer l'entretien des voies et finit par en demander le classement dans le réseau communal en 1952, après avoir entrepris le désherbage des chaussées et un premier goudronnage. Le conseil municipal se prononce en faveur de cette demande le 18 mars 1953, mais exprime néanmoins une condition : au moins 20 lots doivent être revendus à des personnes de condition modeste afin d'y construire des habitations économiques et familiales. Vue vers le square rue des Tilleuls.Vue vers le square rue des Tilleuls.Ainsi, entre 1953 et 1957, une trentaine d'habitations sont construites dans le lotissement (doc. 10). Les rues, y compris la rue de la Fonderie qui relie le lotissement à la rue des Montées, ne seront effectivement classées qu'en 1962.

La relance de la construction incite alors un commerçant à s'installer au carrefour de la rue des Aubépines (n° 2) et de la rue des Tilleuls, qui disparaîtra en 1973 au moment de l'installation du supermarché Écale. C'est également durant cette période, que Mme Hénin (née Padieu), propriétaire dans le lotissement (n° 25 rue des Tilleuls), projette l'extension du lotissement à l'est à l'emplacement de la ferme de Bou. Le projet reçoit néanmoins un avis défavorable en raison du problème d'évacuation des eaux usées. Cette question est d'ailleurs prégnante au lotissement des Montées : face à l'augmentation des constructions et en raison de sa situation géographique, il est régulièrement touché par le problème d'évacuation des eaux usées qu'un égout aménagé en 1968 règle définitivement, date à laquelle la construction du lotissement est pratiquement achevée.

Le lotissement des Montées connaît en définitive trois phases d'occupation et de construction : les premières maisons, en résidence principale ou secondaire, côtoyant les premiers cabanons et maisonnettes dans les années 1930-1940 ; la construction de maisons économiques sous l'impulsion de la Ville dans les années 1950 ; enfin, la poursuite des constructions de maisons par des propriétaires plus aisés à partir de 1959-1960, qui s'accompagne jusqu'à nos jours de la reconstruction et de l'extension de maisonnettes. Cette évolution, que l'on peut rapprocher de celle du lotissement Juder au Clos-Vert (un lotissement en bordure de Loire créé au début des années 1920) devait être liée à sa situation extrêmement périphérique (en limite communale) et à son relatif enclavement.

Caractéristiques morphologiques et architecturales

Le lotissement conserve aujourd'hui les principales caractéristiques paysagères conçues à l'origine par Jean Padieu. La courbe des rues (formant une boucle en Y au sud de la rue de Plissay), ponctuée de ronds-points anglais bordés de plantations de hautes tiges de différentes essences introduit un cheminement pittoresque.Rond-point formant une place, rue des Sorbiers.Rond-point formant une place, rue des Sorbiers. Afin de favoriser les ventes, Jean Padieu avait diversifié son offre et proposé une large gamme de parcelles. Les 212 parcelles en lanières (plus les 86 parcelles de l'extension de 1933) offraient des façades sur rue extrêmement variables, de 6 m à 18 m, pour des superficies s'échelonnant de 335 m² à 1425 m². La plupart des lots proposés mesuraient cependant de 400 à 600 m², une superficie qui s'inscrivait dans les normes de l'époque (semblables à celles des lotissements Coursimault ou Dufour). Néanmoins, la longueur de façade proposée aux acquéreurs (de 6 à 13 m) pouvait difficilement s'accommoder des prescriptions en matière d'implantation. On compte ainsi aujourd'hui 141 lots avoisinant régulièrement les 1000 m², soit près de la moitié des lots proposés à l'origine (298).

En dépit d'une grande hétérogénéité architecturale, les prescriptions du cahier des charges d'origine, en grande partie maintenues par le programme du Plan de Reconstruction et d'Aménagement de la Ville (1941 et 1949) ont permis une certaine unité morphologique : implantation des maisons en retrait de la rue (3 m minimum) et des limites latérales (de 2,50 m à 4 m minimum), constructions secondaires en fond de parcelle. Les quelques maisons accolées (11-11 bis et 15-15 bis rue des Tilleuls, 16-16 bis rue des Aubépines) ne doivent leur position qu'aux dérogations permises pour les parcelles inférieures à 14 m et la construction de maisons économiques (image ci-contre).

Maison, 47 rue des Platanes.Maison, 47 rue des Platanes.Des premières occupations ne subsistent parfois que les clôtures, dont on relève seulement dix exemples datables des années 1930 et du début des années 1940. Les poutres de ciment à claire-voie, courantes dans les années 1930, sont utilisées à plusieurs reprises en clôture mitoyenne ou sur rue (n° 3 et 6 rue des Platanes, poutres et arcs brisés), montée sur sol (n° 16 rue des Tilleuls, 6, 11 rue des Sorbiers) ou sur un mur bahut (n° 24, 42, 47 rue des Platanes, ci-contre ). La clôture de ciment associée à un portail en bois du n° 11 rue des Sorbiers (identique au n° 3 et 6 rue des Platanes) en offre par ailleurs un autre exemple d'origine bien conservé. On trouve également deux exemples de clôture d'aspect rustique. Celle du n° 20 rue des Tilleuls constitue un véritable trompe-l’œil et souligne les propriétés matérielles du ciment imitant ici les branches d'arbres (béton et fer plus ciment), motif qui est repris pour la structure en ciment du cabanon en fond de parcelle. Au n° 3 rue des Platanes est conservée une clôture de brique creuse enduite de ciment imitant une maçonnerie de moellons apparents en opus incertum , et surmontée de tubes métalliques. Les prescriptions de hauteur ont en revanche été peu suives : seul Hénin (n° 25 rue des Tilleuls), l'un des plus riches propriétaires du lotissement (marié à une Padieu) avait fait édifier un haut mur (environ 2 m) et deux portails métalliques à ferronnerie décorative.

Maison et cabanon juxtaposés, 39 rue des Aubépines.Maison et cabanon juxtaposés, 39 rue des Aubépines.L'obligation pour les acquéreurs de construire en matériau durables, ne serait-ce qu'un petit cabanon ou une maisonnette, contraignait les propriétaires à soumettre leur projet de construction à l'autorisation municipale. L'implantation de ces constructions n'était pas seulement dicté par la servitude de reculement du cahier des charges : se situer en fond de parcelle permettait également de profiter de la tranquillité des bords de rivière et de réserver un espace plus important au jardin ou au verger (préféré ici au jardin potager auquel les terres des Montées, "mouillées" l'hiver et asséchées l'été, se prêtaient mal). Dans certains cas cohabitent la construction d'origine, cabanon ou maisonnette de repos saisonnier, parfois les deux (n° 16 rue des Tilleuls), avec la résidence principale d'après guerre. Ainsi au n° 39 rue des Aubépines (ci-contre) se juxtaposent de manière visible depuis la rue l'abri de jardin conservé et la maison des années 1950. Les parcelles ayant connu peu d'évolution depuis l'origine sont rares : les cabanons et maisonnettes conservés aux n° 3 et 11 rues des Sorbiers témoignent encore aujourd'hui d'une occupation saisonnière quasiment révolue.

Maison, 20 rue des Platanes.Maison, 20 rue des Platanes.À la fin des années 1930 et au début des années 1940, le lotissement se bâtit également de maisons, construites par des architectes locaux ou de la région parisienne, qui attestent d'une occupation plus durable. Leur typologie les rapproche de la villa ou du cottage : les maisons s'élèvent généralement sur un soubassement portant un rez-de-chaussée surélevé et un niveau de comble, et présentent un pignon sur rue, un porche d'entrée et des décrochements de toiture (asymétrie, noue, demi-croupe). Un des exemples les plus remarquables est la maison bâtie par Drouin (architecte à Saint-Quentin) et l'entrepreneur Camille Miracle (Orléans) dont le pignon porte la date 1938 inscrite en relief (20 rue des Platanes, illustration ci-contre). Par ailleurs, le travail sur les matériaux est illustré au n° 28 rue des Platanes dans une maison bâtie en 1942 sur les plans de l'architecte Bruant où le soubassement est traité en moellon apparent et le pignon en faux pan de bois. Ce dernier décor de ciment peint se retrouve également au pignon de la maison n° 47 rue des Platanes (image plus haut) où l'entrée latérale est flanquée d'une pergola en béton. Les maisons peuvent également afficher une façade plus pittoresque, à l'image de la maison Hénin couverte en tuile plate (Durin architecte, 1937, n° 28 rue des Tilleuls) ou davantage régionaliste, telle que la maison n° 21 rue des Platanes, qui adopte à travers sa toiture asymétrique et son arcade d'entrée un style proche du "néo-basque".

Si quelques maisons modestes ou économiques, en rez-de-chaussée (n° 22 rue des Platanes) ou à un étage carré (n° 6 rue de la Fonderie) sont bâties dans le lotissement avant 1940, la crise du logement qui sévit après guerre et à laquelle répondent de nouvelles méthodes de construction modifient sensiblement le paysage social et architectural du lotissement. Les maisons économiques et familiales élémentaires ne disposent que d'un rez-de-chaussée couvert à longs pans (n° 5, 15 rue des Tilleuls ou 20 rue des Aubépines) et croupes (n° 15 ou 50 rue des Platanes), parfois accessible par un porche d'entrée (n° 7 rue des Aubépines). Maison économique, 29 rue des Platanes.Maison économique, 29 rue des Platanes.Le bungalow situé au n° 29 rue des Platanes (ci-contre) offre une solution plus originale de maison en rez-de-chaussée et se distingue à sa toiture à un pan et son porche d'entrée avec colonnette d'angle. Possédant deux niveaux d'élévation, l'une des maisons financées par la société La Ruche ouvrière d'Orléans en 1956 (n° 25 rue des Aubépines) offre un exemple de pavillon à pignon sur rue, construit en brique creuse enduite et encadrements de baies préfabriqués, et couverte en tuile mécanique. Alors que les maisons du lotissement disposent rarement d'un étage carré, l'économie de la construction a poussé l'un des propriétaires à aménager deux logements sous un même toit : le seul immeuble du lotissement (n° 16 rue des Aubépines) constitue l'unique édifice à posséder deux étages carrés sur rez-de-chaussée et une structure en béton armé.

Maison économique, 2 rue des Sorbiers.Maison économique, 2 rue des Sorbiers.Contemporain de l'intervention municipale (1953), le dispositif de la loi Courant qui visait à relancer la production de logements en masse, est à l'origine de la construction de maisons économiques et familiales homologuées par le Ministère de la construction, et dont on trouve quelques exemples aux Montées. La maison de type F 4 (n° 11 rue des Tilleuls), homologuée en Île-de-France et conçue par les architectes mantais David et Gojard, possède quatre pièces sur deux niveaux, une entrée sous un auvent porté par une colonnette et un garage accolé. Au n° 2 rue des Sorbiers (image ci-contre), les architectes George Blareau et Max Guillaume, établis à Sully-sur-Loire, offrent une toute autre formule de la maison F4 en 1953 (homologation Val-de-Loire), avec un modèle singulier en rez-de-chaussée sous une toiture à deux pans imbriqués et linteaux de baies colorés.

L'épisode "économique" au sein du lotissement du Montées, durant lequel une trentaine de maisons ont été bâties, n'aura duré qu'environ dix ans (1950-1960). Les maisons bâties à partir des années 1960 emploient différentes solutions constructives pour affirmer le statut social plus élevé de leurs propriétaires. Maison, 3 rue des Tilleuls.Maison, 3 rue des Tilleuls.Elles empruntent leur vocabulaire à l'architecture vernaculaire ou régionaliste en présentant des couvertures débordantes à longs pans et croupes en tuile plate du pays (n° 28 rue des Tilleuls, n° 18 rue des Aubépines, n° 31 rue des Platanes). La tourelle d'angle couronnée d'un toit conique de la maison située au n° 30 rue des Tilleuls, bâtie en 1963, évoque quant à elle la forteresse médiévale que la position privilégiée de la parcelle (angle et bordure de square) a pu inspirer. Cette architecture d'apparat trouve une autre illustration au n° 6 rue des Tilleuls, bâti en 1961, ou le rez-de-chaussée surélevé est accessible par un perron d'entrée monumental prolongé par un balcon continu. L'accès est également fortement mis en valeur au n° 3 rue des tilleuls (image ci-contre) où l'escalier à deux rampes porté par deux colonnettes conduit à une terrasse précédant un hall d'entrée convexe.

Maison, 10 rue des Platanes.Maison, 10 rue des Platanes.

L'architecture moderne demeure en définitive réservée à quelques rares exemples. Si la maison située au n° 10 rue des Platanes (ci-contre) reprend plusieurs principes depuis longtemps diffusés (toit plat, expression de la modénature réduite aux jeux de lignes de la corniche, des appuis de fenêtre et du auvent d'entrée), la maison bâtie d'après les plans de l'architecte Jean E. Luizard (n° 4 rue des Sorbiers, 1960), remarquable à sa façade allongée et l'important débord de sa toiture à un pan, offre quant à elle une grande expressivité des matériaux (moellon de calcaire et de schiste).

Précision dénominationlotissement réglementé
Appellationsdes Montées
Parties constituantes non étudiéesmaison, immeuble, square, jardin
Dénominationslotissement
Aire d'étude et cantonCommune d'Orléans
AdresseCommune : Orléans
Adresse : rue des, Platanes , rue des, Sorbiers , rue des, Aubépines , rue des, Tilleuls , 1 à 21 rue de la, Fonderie , impasse de la
Demi-Lune
Cadastre : 2008 DY 45 à 77, 83 à 104, 107 à 121, 131, 132, 137 à 142, 184 à 186 ; 2008 DX 2 à 8, 45 à 93, 213, 220 à 222, 233, 234

Le lotissement des Montées a été autorisé le 4 juillet 1931 et réalisé par Jean Padieu, alors représentant à Orléans de la société immobilière Bernheim frères (23 rue de l'Arcade à Paris). Le plan, dressé par le géomètre Pierre Liévois, prévoyait un découpage du terrain d'une superficie de 11,7 ha en 212 lots desservis par quatre voies nouvelles d'une largeur de 12 m (rue des Platanes, rue des Aubépines) et 10 m (rue des Sorbiers, rue de la Fonderie). Outre les plantations de hautes tiges prévues le long des rues créées, le projet comprenait la construction d'un pont au dessus de la rivière dit "le bras du Loiret" constituant alors l'unique accès du lotissement depuis la commune d'Olivet, l'aménagement de deux ronds-points, de deux squares et d'un chemin piétonnier en bordure de la rivière (seul ce chemin n'a pas été réalisé). Les travaux d'aménagement, de viabilité et d'assainissement sont terminés en 1932 et permettent la vente des premiers lots. Le 29 juillet 1933, Jean Padieu obtient une nouvelle autorisation pour étendre son lotissement vers le nord-est avec pour objectif de relier le lotissement au réseau des chemins de la commune d'Orléans. 86 lots doivent ainsi être desservis par la rue de la Fonderie prolongée. Les constructions du lotissement débutent dans les années 1930 mais se multiplient principalement durant le troisième quart du 20e siècle, parallèlement à de nombreuses transformations des premières habitations. En 1958, Mme Padieu-Hénin envisage d'étendre le lotissement vers l'est à l'emplacement de la ferme de Bou. Le projet, dessiné par Blareau et Guillaume (architectes DPLG à Sully-sur-Loire) et le géomètre Louis d'Orsanne comportant la création de trois nouvelles voies et de quatre places desservant 121 lots n'a cependant jamais été réalisé.

Période(s)Principale : milieu 20e siècle
Dates1931, daté par source
1933, daté par source
Auteur(s)Auteur : Liévois Pierre géomètre attribution par source
Auteur : D'Orsanne Louis géomètre attribution par source
Auteur : Blareau Georges
Blareau Georges (28/08/1908 - ?/02/1991)

Associé à l'architecte Max Guillaume (1913-1980).


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Auteur : Guillaume Max
Guillaume Max (1913 - 1980)

Associé à l'architecte Georges Blareau (1908-1991).


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Personnalité : Padieu Jean promoteur attribution par source

Le lotissement est implanté au sud de la ville d'Orléans, au confluent du Loiret et du Bras des Montées. Accessible depuis la rue de Plissay ou Jean-Moulin qui forment une nette séparation, il possède un fort caractère paysager de part son réseau viaire fortement déterminé par la topographie naturelle du site. Ainsi, les rues des Platanes et des Tilleuls suivent-elles la courbe du Bras des Montées. Ces voies sont complétées par la rue de Plissay, qui constitue l'accès originel du lotissement, et la rue de la Fonderie, percée dans un second temps, qui le relie à la rue des Montées. Ce réseau est de plus ponctué de plusieurs ronds-points et de deux squares en demi-lune en bordure de la rivière (celui de la rue des Tilleuls est devenu moins attractif depuis la construction du pont de Sologne). Le lotissement comprend actuellement 141 lots bâtis quasiment exclusivement de cabanons, de maisonnettes et maisons individuelles (un seul immeuble a été repéré au n° 16 rue des Aubépines). Conformément au cahier des charges d'origine, les habitations sont implantées en retrait de l'alignement, voire en fond de parcelle lorsque les propriétaires ont cherché à se rapprocher des bords de rivière. Quelques maisons semi-mitoyennes ont été repérées et doivent leur implantation à une dérogation au cahier des charges durant les années 1950. Les édifices peuvent être en simple rez-de-chaussée, en rez-de-chaussée surélevé sur un soubassement, avec ou sans étage de comble, rarement à un étage carré ou deux étages carrés (immeuble). Construits en moellon de calcaire, en brique creuse, en schiste (n° 11 rue des Sorbiers), ou en béton armé (immeuble), ils sont couverts de toits de formes variées en tuile plate, tuile mécanique ou en ardoise. On notera enfin la présence dans ce lotissement de plusieurs maisons ponctuant la rue des Platanes (n° 20, 21, 34, 36, 47) ou la rue des Tilleuls (n° 28) qui se distinguent par des façades à pignon sur rue, l'utilisation de faux pans de bois, la présence de porches d'entrée, de balcons, de bow-windows et de décrochements de façade ou de toitures.

Murscalcaire
schiste
brique
brique creuse
enduit
faux pan de bois
moellon
béton armé
Toittuile plate, tuile mécanique, ardoise
Étagessous-sol, étage de soubassement, rez-de-chaussée surélevé, en rez-de-chaussée, en rez-de-chaussée surélevé, 1 étage carré, 2 étages carrés
Couverturestoit à un pan
toit à deux pans
toit conique
demi-croupe
Typologieslotissement réglementé
Statut de la propriétépropriété privée

Annexes

  • Orléans, lotissement des Montées : extraits du cahier des charges, 1931 (Archives municipales et communautaires d'Orléans, 2513) :

    Conditions générales

    - "le sol des voies nouvelles sera fourni gratuitement par le vendeur et deviendra la propriété des acquéreurs, chacun pour moitié de la largeur desdites voies sur toute la façade des lots acquis par eux".

    - "Devant les portes cochères, la hauteur des bordures de trottoirs pourra être réduite par les acquéreurs et à leurs frais".

    - "le vendeur se réserve le droit de faire placer sur les trottoirs de ces voies (...) des kiosques de vente, chalet de gardien ou cantonniers, candélabres, bornes fontaines, postes de transformateurs, poteaux indicateurs ou tableaux d'affichage".

    - Les acquéreurs "seront tenus d'accepter, sans pouvoir s'y refuser sous aucun prétexte, la cession de toutes les charges d'entretien de tout ou partie de ces voies, ouvrages, canalisations et autres travaux dans le cas où ils ne seraient pas classées dans la voirie urbaine".

    - "Chaque acquéreur devra tenir à ses frais sa façade, son trottoir, ainsi que le caniveau en bordure de son trottoir en bon état d'entretien et de propreté".

    - "En cas de neige, chaque propriétaire riverain devra faire le nécessaire pour assurer en façade de sa propriété et sur le trottoir, un passage facile pour les piétons".

    - "Les acquéreurs devront aussi numéroter leurs propriétés sur les voies nouvelles, suivant l'usage".

    - "le vendeur décline toute responsabilité en ce qui concerne la surveillance et la conservation des propriétés des acquéreurs".

    - "Les acquéreurs seront personnellement et pécuniairement responsables des dégradations et détériorations commises sur les voies nouvelles par leurs entrepreneurs, domestiques ou ouvriers ; faute de réparer des dégradations dans le délai d'un mois, il y sera procédé aux frais de l'acquéreur responsable".

    Professions et industries

    - "La propriété étant destinée à être habitée bourgeoisement, il est en principe, sauf les exceptions ci-après indiquées, interdit d'édifier d'autres genres de constructions que des maisons de campagne et habitations bourgeoises. Toutefois le vendeur se réserve le droit d'autoriser la création de boutiques, de magasins ainsi que l'exercice de divers commerces ou métiers à son gré et sur tels lots qu'il avisera. En conséquence sont prohibés, sauf les réserves ci-dessus, toutes fabriques, usines, ateliers, dépôts ou entrepôts de tous genres compris ou non parmi les établissements dangereux, insalubres ou incommodes, il en est de même sauf autorisation spéciale de toutes professions, métiers, industries ou commerces".

    Clôtures

    "Tout acquéreur devra, dans les six mois du jour de son acquisition, se clore à ses frais et de façon suivante :

    1) En façade sur les voies créées et sur les rues communales par un mur bahut en maçonnerie d'une hauteur maximum de un mètre non compris les fondations, surmonté d'une grille en fer de 1,25 m minimum avec ou sans pilastres en maçonnerie.

    La hauteur de ce mur pourra être sensiblement diminuée sans pouvoir jamais être inférieure à 40 centimètres du sol des trottoirs, mais dans ce cas l'acquéreur devrait mettre des grilles de 2 mètres de hauteur au moins.

    Toute fermeture rustique ou de fantaisie, d'aspect élégant et convenable peut être autorisée en façade, au gré du vendeur.

    2) et de tous les autres côtés, soit par de simples treillages ou palissades, sans pouvoir contraindre son voisin à subir ce genre de clôture, ni participer dans cette dépense ; soit par des murs élevés à cheval sur les lignes de division des lots voisins, c'est à dire moitié de leur épaisseur sur chaque terrain, de manière à ce que les acquéreurs ultérieurs des lots contigus n'aient plus à rembourser, s'ils le juge à propos, que la moitié de la construction de ces murs pour devenir ipso facto, mitoyens sol et construction.

    La hauteur de ces murs sera facultative, sans pouvoir toutefois excéder 2 mètres, y compris le chaperon."

    Constructions des habitations

    "Les acquéreurs ne pourront construire, sauf autorisation spéciale du vendeur, que des villas à usage d'habitation bourgeoises, ne devant pas comporter plus de deux étages au maximum au dessus du rez-de-chaussée et en se conformant aux règlements sanitaires et arrêtés de voirie dans la ville d'Orléans ou d'Olivet.

    Ils ne pourront, sauf stipulation contraire dans l'acte, édifier aucune construction à moins de : trois mètres en retrait des alignements.

    En outre, les acquéreurs ne pourront, sauf stipulation contraire dans l'acte, édifier aucune construction à moins de deux mètres cinquante de retrait de toutes limites latérales des lots.

    Chaque acquéreur devra, en ce qui le concerne, participer à la sauvegarde du caractère bourgeois du lotissement en ne construisant que des maisons ou communs dont l'aspect ne puisse en rien déparer le coup d'oeil général de l'ensemble.

    En conséquence sont prohibés d'une façon absolue, toutes constructions édifiées à titre provisoire ou en matériaux ne prêtant pas, de par leur nature un caractère définitif à ces constructions, tels que chalets démontables ou non, en bois, carreaux de plâtre, agglomérés de mâchefer ou vieux matériaux de démolition".

    "Les communs à usage de remise, écuries, poulaillers, réserves à outil de jardinage ne pourront être édifiés qu'au fond des lots et également en matériaux prêtant à ces constructions un caractère définitif. En outre, si ces communs sont construits en carreaux de plâtre ou agglomérés de mâchefer, ces matériaux devront être proprement dissimulés sous un ravalement convenable. Ils devront être, tout comme la construction principale, couverts en tuiles, ardoises, zinc, ou fibro-ciment."

    Servitude temporaire

    "Les acquéreurs ne pourront en totalité ou en partie, céder aux propriétaires voisins ou éloignés, ni à leurs ayants-droit ou représentants, ni à d'autres personnes, aucune fraction de leurs lots pour y établir des passages ou voies d'accès débouchant sur les voies créées ou à créer sur la propriété mise en vente, ou sur des parties en provenant, et ce, jusqu'au moment où il resterait encore un lot à vendre appartenant au vendeur. Ils ne pourront également ouvrir de rues ou voies nouvelles de communication quelconques sur le ou les lots acquis par eux, pendant un laps de temps."

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives municipales et communautaires d'Orléans. Série J : 5 J 270. Casier sanitaire des immeubles, rue des Platanes. 1934-1973.

  • Archives municipales et communautaires d'Orléans. Série J : 5 J 292. Casier sanitaire des immeubles, rue des Sorbiers.

  • Archives municipales et communautaires d'Orléans. Série J : 5 J 296. Casier sanitaire des immeubles, rue des Tilleuls. 1940-1976.

  • Archives municipales et communautaires d'Orléans . Série J : 5 J 307. Casier sanitaire des immeubles, voies indéterminées, lotissement des Montées. 1934-1941.

  • Archives départementales du Loiret ; 129 W 23344. Lotissements d'Orléans.

  • Archives départementales du Loiret ; 129 W 23345. Lotissements d'Orléans.

  • Archives municipales et communautaires d'Orléans ; série O, 2513, cotation provisoire. Lotissements privés, projets et enquêtes. Avec plans, 1928-1939.

  • Archives municipales et communautaires d'Orléans ; série O, 2515, cotation provisoire. Lotissements privés, autorisations et correspondance. Avec plans, 1941-1959.

Documents figurés
  • Plan du lotissement des Montées, 1931. (Archives municipales et communautaires d'Orléans, 2513).

  • Lotissement des Montées, profil des voies à ouvrir, 1931. (Archives municipales et communautaires d'Orléans, 2513).

  • Plan du lotissement, d'après le dépliant publicitaire, 1931. (Collection particulière).

  • Présentation du lotissement figurant sur le dépliant publicitaire, 1931. (Collection particulière).

  • Plan de lotissement, projet d'extension en 1933. (Archives municipales et communautaires d'Orléans, 2513).

  • État des constructions, lotissement des Montées, 1943. (Archives municipales et communautaires d'Orléans, 2515).

  • État des constructions, lotissement des Montées, 1957. (Archives municipales et communautaires d'Orléans, 2515).

  • Plan de lotissement, projet d'extension en 1958. (Archives municipales et communautaires d'Orléans, 2515).

  • Plan de situation du lotissement des Montées, 1931. (Archives municipales et communautaires d'Orléans, 2513).

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