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L'inventaire général du patrimoine culturel recense, étudie et fait connaître le patrimoine architectural et mobilier de la région Centre-Val de Loire.
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Lumière sur

Clôture de choeur ou Tour du choeur

Commencé sous le règne de Louis XII, il est indiscutable que le Tour du chœur, appellation communément donnée à Chartres à la clôture de chœur, a été réalisé selon un plan et un programme iconographique fixés dans les premières années de sa conception. Les modifications ultérieures ont essentiellement concerné l'abandon, après 1521, du style gothique adopté dans les deux premières travées au profit du style Renaissance, le déplacement pour des motifs liturgiques des portes d'accès au chœur de la troisième à la quatrième travée, et le remplacement en raison de contraintes matérielles de quelques groupes qui ne trouvaient pas leur place. Toutefois, aucune modification fondamentale dans la structure ni dans la mise en image n'est intervenue, les décisions prises par le chapitre cathédral dans le premier quart du 16e siècle ont été respectées jusqu'à l'achèvement des travaux deux cents ans plus tard en 1727, après la mort de Louis XIV. Ce fait est exceptionnel, compte tenu de l'ampleur de la réalisation et de la longueur des travaux.

Depuis le milieu du 13e siècle, le chœur est séparé de la nef par un jubé. Son édification, débutée vers 1230 ou 1240, s'achève avant 1260, l'année de dédicace de la cathédrale. Par la suite, le chapitre envisage de clore entièrement le choeur par une clôture. Celle-ci, en bois et à claire-voie, existe de fait en 1415, puisqu'on y termine l'aménagement de chambres pour les gardiens. Le 7 octobre 1482, Pierre Patin, un peintre, est mentionné, qui s'engage à en parfaire la décoration de fin or et azur.

Au début du 16e siècle, le chapitre envisage de doter l'édifice d'une clôture monumentale à l'instar des cathédrales de Paris et Amiens. En 1510, le projet est déjà lancé : offres et devis sont probablement présentés dès cette date car, le 11 octobre, un document perdu signale qu'un maçon du nom de Guillaume Charpentier propose ses compétences au chapitre. Le 19 décembre 1513, décision est prise de construire une clôture en pierre par les soins d'un maître-d'œuvre ; quelques mois plus tard Jehan de Beauce, qui a dirigé la reconstruction du clocher nord achevée en août précédent, est choisi pour assurer la conception architecturale du monument. Le chanoine Michel Manterne, chancelier et administrateur de l'œuvre Notre-Dame, est commis au suivi et à la surveillance des travaux, ainsi qu'à la composition du programme iconographique des scènes historiées de la galerie supérieure.

Aspect d'origine de la claire-voie (ancienne chapelle Saint-Martin, deuxième travée sud).Aspect d'origine de la claire-voie (ancienne chapelle Saint-Martin, deuxième travée sud).Les travaux débutent très vite : le parti adopté est d'élever la maçonnerie générale d'ouest en est à partir de la croisée, en encerclant les deux côtés du choeur, et d'assurer la jonction du mur vers l'abside. En septembre 1514, les travaux sont bien avancés : François Dugué, tailleur de pierre qui a travaillé au clocher nord, commence la décoration de la chapelle Saint-Guillaume, la plus proche du transept au nord. Quatre chapelles sont ménagées entre les deux murs, de chaque côté aux première et deuxième travées. Au nord, la chapelle Saint-Guillaume est terminée pour la fête de Pentecôte de 1515 et la suivante, dédiée à Saint-Jean l’Évangéliste, le 18 janvier 1517. Au sud, dans la première travée, la chapelle Saint-Lubin à laquelle on accède alors librement par une baie pratiquée à la troisième section, maintenant condamnée, est dédicacée vers la fin de l'année 1519 et la chapelle Saint-Martin, dont la porte flamboyante s'orne d'une figurine de Vierge à l'Enfant, vers 1521.

Décor d'oiseaux picorant des fruits et coquilles, chute d'objets, Sainte Chemise et date 1529 (claire-voie, cinquième travée sud).Décor d'oiseaux picorant des fruits et coquilles, chute d'objets, Sainte Chemise et date 1529 (claire-voie, cinquième travée sud).Très tôt et jusqu'au début des années 1530, une équipe de sculpteurs cisèle le décor du soubassement et de la claire-voie. Vingt-neuf dates, gravées dans des cartouches, parfois très discrètement, rappellent leur passage et permettent de suivre la conduite des travaux. 1521 portée à la quatrième travée méridionale est la date la plus ancienne ; 1532, à la treizième travée nord, année qui rappelle le déplacement de la porte d'accès au choeur, constitue la date extrême.

Parallèlement, les grandes scènes sculptées sont mises en place, dans le souci constant de compléter conjointement les deux côtés de la clôture. Les huit groupes des deux premières travées nord, de l'Apparition du Christ à sa mère au Couronnement de la Vierge, sont installés sous les arcades de la galerie supérieure à la fin de l'année 1516.

Nativité de la Vierge (Jehan Soulas, 1519).Nativité de la Vierge (Jehan Soulas, 1519).

Ceux qui leur font pendant au sud, de l'Annonce de la naissance de la Vierge à Joachim à l'Annonciation, sont exécutés entre 1519 et 1521 par Jehan Soulas, auquel on attribue également les cinq scènes suivantes, achevées vers 1535. En même temps, sont montés les dais d'architecture (ou baldaquins) qui les surmontent, les statues et les statuettes des contreforts. Car, sans doute travaillait-on à la fois sur les grands groupes, la statuaire secondaire et le décor supérieur dans une même travée.

En 1527, deux escaliers étroits en vis sont construits au sud dans la clôture qui s'ouvrent dans le déambulatoire sur deux portes flamboyantes. La première porte près de la croisée permet d'accéder à l’escalier du réveille-matin (carillon de clochettes suspendues aux baldaquins). La seconde, percée sous le cadran à la troisième travée, mène au mécanisme de l'horloge astrolabique. D'après une délibération capitulaire du 2 janvier 1527, il semble que cette horloge ait été la première installée dans la cathédrale. Terminée vers 1528 et totalement intégrée dans la clôture, elle est dotée d'un mécanisme sophistiqué issu des grandes innovations scientifiques de la Renaissance. Le mécanisme et le cadran polychrome présenté par deux anges (peut-être trois à l'origine) sont placés au niveau des grandes scènes et la cage d'escalier est masquée par un fin décor de candélabres, trophées, profils antiques et amours musiciens. L'escalier (détruit) était éclairé par la minuscule fenêtre grillée qui a conservé sa ferronnerie d'origine. Le cadran et le décor se voient toujours ainsi que la partie haute de l'escalier situé à l'arrière.

L'horloge astrolabique. A gauche, le décor masque l'ancien escalier d'accès au mécanisme de l'horloge (troisième travée sud).L'horloge astrolabique. A gauche, le décor masque l'ancien escalier d'accès au mécanisme de l'horloge (troisième travée sud).

Au début des années 1520, l'intérieur du chœur est modifié et de nouvelles stalles sont placées dans les deux premières travées. Une dizaine d'années plus tard, en raison de leur nombre insuffisant, des stalles supplémentaires sont ajoutées dans leur prolongement, à la troisième travée, ce qui oblige à déplacer les accès originels latéraux au chœur, alors situés dans cette même travée, la porte septentrionale se trouvant sensiblement en face de la porte de la sacristie. Après l'installation des nouvelles stalles en 1531, les portes sont donc déplacées à la quatrième travée et les anciennes bouchées. Il est cependant aisé de retrouver leur situation primitive : au sud, l'ancienne ouverture coïncide avec la baie surmontée d'un arc en anse de panier, le seul de la clôture, orné de statuettes ; au nord, la section qui comporte au soubassement deux médaillons séparés par un large pilastre correspond à son emplacement.

A la mort de Jehan de Beauce en 1529, le chœur est clos. La jonction définitive s'est finalement opérée aux quatrième et cinquième travées méridionales. Mathurin Delaborde, peut-être l’associé de Jehan de Beauce, lui succède comme maître d’œuvre. Il eut probablement une certaine notoriété sur le plan local, puisqu'il est nommé deux ans plus tard maître des maçons de la ville de Chartres et de ses environs.

La Femme adultère (Jean Dedieu, 1678-1679).La Femme adultère (Jean Dedieu, 1678-1679).

En 1542-1544, deux groupes sculptés par François Marchand, la Présentation de Jésus au Temple et le Massacre des saints Innocents, sont placés au sud. Peu à peu, les scènes suivantes prennent place : dans la seconde moitié du 16e siècle, le groupe anonyme du Baptême du Christ longtemps attribué à Nicolas Guybert, puis de 1610 à 1612, sept scènes de la Vie publique et de la Vie du Christ ressuscité sculptées par Thomas Boudin. En 1678-1679, Jean Dedieu, puis en 1681-1683 Pierre Ier Legros réalisent les groupes de la Femme adultère et de la Guérison de l’aveugle-né. Au début du 18e siècle, l'installation de l’Entrée du Christ à Jérusalem par Jean-Baptiste II Tuby et les groupes de la Passion du Christ par Simon Mazière, quelques années plus tard, marquent l'achèvement de cette œuvre monumentale.

Les transformations du 18e siècle

En 1763, le jubé est détruit. Du même coup on supprime ses escaliers d'accès situés de part et d'autre de la croisée ainsi que les petits réduits, ménagés sous les volées, qui servaient de chambres aux marguilliers. La chapelle Saint-Lubin, peut-être déjà désaffectée, devient alors un logement de remplacement. L'autel est scellé en travers de l'ancienne baie d'accès et l'entrée se fait par la porte qui montait anciennement au réveille-matin, lui-même supprimé.

Le Tour du chœur est achevé depuis une quarantaine d'années quand le chapitre entreprend une nouvelle transformation du chœur dirigée par l'architecte Victor-Louis. Celle-ci concerne la décoration et l'aménagement intérieurs qui sont entièrement repris afin de s'adapter au goût moderne. L'apothéose sera la mise en place sur un monumental maître-autel d'un groupe en marbre, l'Assomption de la Vierge, dû au sculpteur Charles-Antoine Bridan. Les travaux vont s'échelonner de 1763 à 1789.

Statuette de femme tournée vers l'intérieur du choeur ; à gauche, le mur de soutènement élevé au 18e siècle (cinquième travée sud).Statuette de femme tournée vers l'intérieur du choeur ; à gauche, le mur de soutènement élevé au 18e siècle (cinquième travée sud).Cette opération d'envergure entraîne de profondes modifications dans l'aspect de la clôture et lui cause des préjudices irréversibles, en dénaturant la pensée primitive des concepteurs du 16e siècle. Un placage en marbre et stuc appliqué sur les piliers et l'entrecolonnement masque entièrement les pilastres ornementés et les statuettes du revers. Il mure également, sur la face tournée vers le chœur, les arcades des grandes scènes qui se trouvent plongées dans l'obscurité. Afin de soutenir la charge des lourds bas-reliefs de marbre blanc placés au-dessus des stalles, les ajours entre les meneaux de la claire-voie sont bouchés, un mur en arc déprimé est abaissé dans chacune des chapelles, entraînant la destruction de la moitié des voûtes dans le sens longitudinal et leur faisant perdre leur fonction, enfin, des murs sont élevés dans les deux chambres à la troisième travée les rendant inutilisables. L’escalier d’accès à l’horloge astrolabique, hors d'état de marche depuis longtemps, est supprimé. En 1788, les portes d'accès au chœur sont doublées en largeur et encadrées de stuc et les contreforts déplacés au milieu des sections à gauche et à droite des portes.

Revêtement mural appliqué entre 1786 et 1788.Revêtement mural appliqué entre 1786 et 1788.

Le Tour du choeur traverse la période révolutionnaire sans subir de dommages ni d'actes de vandalisme majeurs. Peut-être la disparition des têtes de quelques statues des grandes scènes et de statuettes des contreforts, est-elle cependant le résultat des désordres inhérents à cette époque troublée. Il se présente aujourd'hui tel qu'il devait être à la fin du 18e siècle.

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