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Burre : manoir

Le manoir de Burre se situe à l'extrémité sud-est de la commune. Implanté sur le plateau céréalier, il est environné de ses terres cultivées et d'un bosquet au sud-est. L'accès se fait par le nord-est depuis la route départementale 955 - à noter que cette allée est moderne : encore en 1839, une autre allée, dans le même axe mais légèrement plus à l'est, rejoignait un chemin secondaire disparu également. Un fossé défensif partiellement conservé au sud protégeait le site.

I ) Historique

Dès 1218, une métairie est signalée à Burre (Burolis) dans le cartulaire de l'abbaye royale de Notre-Dame des Clairets, paroisse de Masle. En 1347, Jean de la Gogué est seigneur de Burre, de la Soublière à La Gaudaine, et de la Chesnelière à Nogent-le-Rotrou. Proposition de restitution du logis manorial à la fin du 15e siècle, façades nord et sud.Proposition de restitution du logis manorial à la fin du 15e siècle, façades nord et sud.Burre est vendue en 1477 par Durand d'Escalles à Philippe de Voré qui fait construire (ou reconstruire ?) un logis manorial dans les années qui suivent. Plus précisément, l'analyse dendrochronologique des éléments de pans de bois structurels conservés de l'étage de l'ancien logis et de la charpente a permis de situer sa construction en 1486 ou 1487 - les aubiers conservés indiquant une phase d’abattage entre les années 1478 et 1485.

Logis manorial, élévation sud, vue partielle de la façade côté ouest : travée de style Renaissance.Logis manorial, élévation sud, vue partielle de la façade côté ouest : travée de style Renaissance.Le logis, dont l'étage est en pan de bois, subit une première transformation au milieu du 16e siècle. De cette campagne subsiste la travée d'ouvertures sud-ouest (croisée surmontée d'un œil-de-bœuf), au décor Renaissance.

Burre reste dans le giron de la famille Voré tout au long du 16e siècle.

Projet possible de transformation du logis manorial au début du 17e siècle, non finalisé - façade nord.Projet possible de transformation du logis manorial au début du 17e siècle, non finalisé - façade nord.À la mort de Marie de Riants, veuve de René de Voré, décédé avant 1587, la propriété échoit à Denis de Riants, seigneur baron de Villeray à Condeau (Orne). Ce dernier entreprend dès les premières années du 17e siècle la transformation du logis manorial en demeure ou petit château moderne. Les travaux débutent par la façade nord où les deux travées est sont reconstruites dans le goût maniériste de l'époque : bandeaux surlignant et soulignant les ouvertures, pilastres, porte à fronton triangulaire, motifs géométriques de rectangles et d'ovales, jeu de polychromie entre la brique et la pierre de taille calcaire. Ils se poursuivent par la construction d'un pavillon d'escalier en prolongement à l'est, qui devait contenir également les cuisines au rez-de-chaussée et des chambres à l'étage, et se terminait aux angles nord-est et sud-est par une tour circulaire.

Le chantier est probablement interrompu dans les années 1620 pour plusieurs raisons possibles :

Logis manorial, élévation sud, vue partielle de la façade côté est.Logis manorial, élévation sud, vue partielle de la façade côté est.- de graves problèmes de fondations révélés lors de la construction de la tour sud-est (larges fissures encore visibles tout comme l'inclinaison marquée de l'appui inachevé de la fenêtre sud-est de l'étage ;

- le manque de finances ;

- le décès brutal du commanditaire, Denis de Riants, survenu en 1623.

Il faut vraisemblablement attendre le début du siècle suivant pour qu'un nouveau projet, beaucoup moins ambitieux, vienne parachever la construction. Tout à l'est, une quatrième travée est alors réalisée côté nord, dans le même style que les précédentes. L'emploi d'une brique plus sombre et l'absence du décor enduit la différencient des précédentes.

Logis manorial, élévation nord, partie est, vue de détail des deux travées orientales.Logis manorial, élévation nord, partie est, vue de détail des deux travées orientales.

L'analyse dendrochronologique de la charpente est du logis situe sa construction aux années 1719 ou 1720 - les aubiers conservés indiquant une phase d’abattage au cours de l'automne-hiver 1717/18.

Superposition du plan cadastral de 2020, section ZM, sur celui de 1811, section C (Archives départementales d'Eure-et-Loir ; 3 P 5712-5719).Superposition du plan cadastral de 2020, section ZM, sur celui de 1811, section C (Archives départementales d'Eure-et-Loir ; 3 P 5712-5719).Sur le cadastre de 1811, le logis manorial apparaît en plan dans ses contours actuels au sud d'une cour entourée de dépendances reconstruites à partir du milieu du 19e siècle. Une autre dépendance se trouve isolée plus à l'est. Aujourd'hui détruite, il s'agissait certainement d'un colombier comme l'indique le nom de la parcelle "le clos de la fuye" dans l'état de section des matrices cadastrales. L'ensemble est protégé plus au sud par un fossé défensif.

A partir de 1807, Burre appartient à la famille Pierron de Mondésir, qui constitue un important domaine dans ce secteur avec d'autres manoirs, fermes et châteaux. En 1843, Auguste-Jean-Marie Pierron de Mondésir en hérite, et procède à une modernisation de la ferme par la reconstruction des dépendances et la rénovation du logis, dont il réserve à sa famille à la partie est. Cette dernière est réaménagée - cloisonnement et construction de voûtes au rez-de-chaussée, réfection des planchers -, tandis qu'un escalier tournant est installé dans la partie ouest.

Dans les années 1920, un hangar sur poteaux - localement appelée "maillère" - est construit en prolongement des étables au nord-est. À la fin du troisième quart du 20e siècle, la famille Legrand devient propriétaire et exploite la ferme. À cette fin, elle détruit l'ancienne grange pour construire un hangar dans les années 1990.

II) Les différents bâtiments du manoir de Burre

Le logis manorial est placé au sud de la cour. Il comprend plusieurs corps de bâtiments alignés et se termine au sud-est par une tour d'angle.

Logis manorial, élévation nord.Logis manorial, élévation nord.Le corps central constitue la partie la plus ancienne. Du logis à un étage carré en pan de bois et à deux pièces par niveau il subsiste sa structure et son volume : charpente, empoutrements de plancher, conduits doubles de cheminée, et la cheminée de la chambre ouest. Le pan de bois qui composait tout l'étage (façades et pignons) n'est conservé que sporadiquement du côté ouest de la façade nord, sous le comble en façade sud et au niveau de l'ancien pignon est devenu mur de refend, suite à l'agrandissement tardif. Néanmoins, les parties restantes permettent d'en restituer la physionomie avant les transformations. La travée d'ouvertures nord-ouest semble également dater de cette première campagne de construction. Elle est constituée d'une ancienne croisée au rez-de-chaussée (meneau et traverse disparus) en pierre de taille calcaire, à l'encadrement sculpté d'un décor prismatique et d'une demi-croisée en bois à l'étage. Concernant le pan de bois, il ne reçoit aucun décor particulier si ce n'est une croix de Saint-André rompant avec la monotonie des verticales et des horizontales.

Issue d'un premier remaniement, la travée sud-ouest s'oppose par son décor Renaissance très soigné, à la précédente d'influence fin-gothique plus sobre. Elle comprend une croisée au rez-de-chaussée (murée en partie basse) qui éclaire un cabinet à l'arrière de la cage d'escalier, et un œil-de-bœuf à l'étage éclairant le palier de l'escalier tournant. La croisée aux chambranles à crossette richement moulurés repose sur une allège en pierre de taille calcaire recevant une table saillante encadrée de deux pilastres formant ressaut sur une base moulurée.

Logis manorial, élévation nord, partie est, vue de détail de la porte de la travée d'escalier est.Logis manorial, élévation nord, partie est, vue de détail de la porte de la travée d'escalier est.La partie est du corps central a été profondément remaniée dans une seconde phase constructive : remplacement du pan de bois par une maçonnerie en moellon, modification des ouvertures est, construction de l'extension est.

La façade nord est la plus aboutie. Dans un style maniériste, elle reçoit un riche décor où alternent les verticales (pilastres encadrants et prolongeant les travées d'ouvertures) et les horizontales (bandeaux saillants) dans un jeu colorimétrique entre la brique, la pierre de taille calcaire et les enduits de teinte claire et ocre. La recherche de symétrie y est très présente, avec une succession de quatre travées dont deux se répètent : celles composées d'une porte surmontée d'une demi-croisée alternant avec celles à deux fenêtres superposées. Encadrées de chambranles, les portes sont couronnées d'un fronton triangulaire en brique. La seconde travée depuis l'est reçoit un traitement particulier : la porte est encadrée de deux œils-de-bœuf en brique et l'ensemble est légèrement en saillie par rapport au reste de la façade. Côté sud, le décor est beaucoup moins abouti, résultant d'une interruption de chantier et d'une reprise plus tardive. Si les verticales et horizontales se retrouvent au rez-de-chaussée de la partie est avec des ouvertures éclairant la cuisine, l'ornement est plus sobre (plus d'enduit coloré ni de brique). L'emploi de la brique en allège de fenêtres à l'étage témoigne d'une modification du niveau du plancher.

À l'intérieur, le corps central comprend deux salles au rez-de-chaussée séparées par un escalier tournant en bois laissant place au cabinet à l'arrière. À l'étage, la chambre ouest conserve sa cheminée d'origine aux piédroits à colonnette sur base prismatique et corbeaux moulurés. L'extension est abrite une petite cave à l'étage de soubassement, trois pièces voûtées au rez-de-chaussée (cloisonnement et voûtement tardifs) et une chambre à l'étage - l'ensemble étant desservi par un escalier tournant.

Ancienne bergerie, élévation sud-ouest.Ancienne bergerie, élévation sud-ouest.Les dépendances sont réparties autour d'une cour ouverte. À l'est, se trouvent une écurie, des étables et un hangar sur poteaux de type "maillère" alignés. La bergerie est au nord, tandis qu'un hangar contemporain est construit à l'ouest à l'emplacement d'une ancienne grange. Au sud-ouest, un bâtiment multifonctionnel (fournil, toit à porcs, poulailler) complète l'ensemble.

Les toits sont à longs pans et à croupe (sauf pour la tour coiffée d'un toit conique), couverts en tuile plate ancienne ou en ardoise. Les murs sont en moellons de calcaire pour l'essentiel, couverts d'un enduit à pierre vue ou plein. Quelques soubassements de murs (extension est du logis, dépendances) sont en pierre de taille de grès roussard. Les encadrements d'ouvertures sont en pierre de taille calcaire ou en brique.

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